Perte d'emploi, perte de soi
02/11/2009 17:16 par dlr14ème_62
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Perte d'emploi, perte de soi
02/11/2009 17:16 par dlr14ème_62
Perte d'emploi, perte de soi
de Daniel Linhart, Estelle Durand, Barbara Rist
Broché
Paru le : 09/10/2002
Editeur : Erès
Collection : sociologie clinique
ISBN : 2-7492-0078-4
EAN : 9782749200781
Nb. de pages : 190 pages
Résumé
1993 : suppression de 1104 emplois sur les 2549 de l'usine Chausson de Creil 1994 : nouvelle suppression de 475 emplois 1996 : Fermeture de l'usine programmée dans le secret par la direction dès 1991 " Une fermeture ou des licenciements ne constituent pas seulement des faits quantifiables : nombre d'emplois perdus, nombre de personnes reclassées, mises en préretraite, indemnités financières, formations offertes, déménagements éventuels.
Ils représentent autant d'épreuves, de ruptures, de traumatismes, de pertes - de repères, d'identité - qui s'effacent derrière les impératifs économiques, financiers, les diktats de la modernisation, les nouvelles règles du jeu de la mondialisation. [...] Qui s'occupe vraiment de ce que les gens vivent, de la violence de la déchirure qu'ils subissent ? [...] Comment accepter l'idée que les gens ont à s'adapter aux règles du jeu économique quel qu'en soit le prix subjectif ? Que le vécu, les sentiments, au fond tout ce qui spécifie l'être humain, doivent s'effacer devant la logique économique et la forme qu'elle prend dans la modernisation ? Il faudra bien un jour que la société se reprenne et reconsidère sa hiérarchie des valeurs.
Qu'elle accepte l'idée qu'avant l'économie et ses lois, il y a l'être social, comme elle est en train de découvrir peu à peu qu'il y a également les lois de la nature qui imposent des préoccupations écologiques, aussi restrictives soient-elles pour l'économie. " D. L. Ce document qui se lit comme un roman apporte des éléments concrets pour comprendre les transformations objectives et subjectives du monde du travail dominé aujourd'hui par les politiques managériales modernisatrices qui, si elles misent sur l'individualisation à outrance et la mobilisation de la subjectivité des salariés, privilégient les critères économiques et financiers en les déconnectant de leurs incidences humaines.
Avis de PW
Je conseille ce livre à tous les hérauts de la mondialisation et de l'Europe. Qu'ils voient enfin la réalité du mal qu'ils peuvent provoquer par leur politique absurde de licenciement massif en France. Une occasion pour eux de voir qu'un employé n'est pas qu'un simple numéro de pointage mais aussi un individu avec des émotions.
L’euro cher, tombeau de l’économie européenne
02/11/2009 16:28 par dlr14ème_62
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L’euro cher, tombeau de l’économie européenne
02/11/2009 16:28 par dlr14ème_62
La zone euro paie très cher l'addition d'un dollar trop faible
Le point de vue de l'agence économique et financière Breakingviews.com
Jean-Claude Trichet aime à se dire "très satisfait de la politique de dollar fort suivie par les Etats-Unis". Pourtant, le président de la Banque centrale européenne (BCE) aurait encore plus de raisons de se réjouir si cette politique était une réalité, et non un fantasme.
L'extrême faiblesse du billet vert est le troisième instrument de relance pour l'économie américaine, après les mesures fiscales et monétaires. La récession serait bien plus grave aux Etats-Unis si le dollar n'était pas aussi bon marché. Réciproquement, la force de l'euro coûte très cher aux pays membres de la zone euro.
Le produit intérieur brut (PIB) américain a péniblement réussi à croître de 0,4 % en 2008. Sans une augmentation de 5,4 % des exportations et une baisse de 3,2 % des importations, il aurait au contraire reculé de 0,8 %.
Le dynamisme du commerce extérieur a perduré au premier semestre 2009, alors que les échanges mondiaux étaient littéralement en train de s'effondrer. Les importations américaines ont diminué encore plus que les exportations. Lorsque le dollar faiblit, il devient plus difficile pour les entreprises étrangères d'être compétitives sur l'énorme marché que forment les Etats-Unis.
Dans la zone euro, le mécanisme joue dans l'autre sens. Au dernier trimestre 2008, la "contribution du commerce extérieur à la croissance", c'est-à-dire le ratio calculé en rapportant le différentiel de croissance entre les exportations et les importations à la variation du PIB, a coûté un point de croissance aux économies de la zone.
C'est essentiellement parce que les performances commerciales sont mauvaises que le recul du PIB allemand sera deux fois plus accentué que celui du PIB américain cette année (5 %). Le gouvernement allemand anticipe une croissance limitée à 0,75 % en 2010, alors que les économistes annoncent une progression trois fois plus importante aux Etats-Unis.
La force de l'euro impose également un lourd tribut aux pays de la zone les plus vulnérables qui n'ont guère l'habitude de dépendre des exportations. En Espagne et en Irlande, la crise du marché immobilier condamne l'économie à exporter davantage, à remplacer certains produits importés par des produits nationaux, et à stimuler le tourisme.
Les handicaps sont lourds. L'euro est trop fort, même pour une Allemagne championne de la compétitivité. Dans des pays d'envergure moindre comme l'Espagne, l'Irlande et quelques autres, l'inflation des salaires et des prix a fait que la compétitivité a cédé du terrain face à celle de l'Allemagne. Il ne faut donc pas s'étonner de voir les prévisions indiquer que ni l'Espagne ni l'Irlande ne sortiront de la récession avant 2010. La zone euro n'a pas fini de souffrir.
Ian Campbell
Traduction de Christine Lahuec 
"Je souhaite qu’il y ait une alternative politique pour que la France ne revive pas encore cinq ans de ce cauchemar"
30/10/2009 11:26 par dlr14ème_62
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"Je souhaite qu’il y ait une alternative politique pour que la France ne revive pas encore cinq ans de ce cauchemar"
30/10/2009 11:26 par dlr14ème_62
Angolagate, identité nationale, dépenses somptuaires de la présidence française de l’UE,... Dans une interview à Europe 1, NDA revient sur l’actualité immédiate de cette fin octobre 2009 et juge plus urgent que jamais l’émergence d’une vraie alternative à l’actuel locataire de l’Elysée.
http://www.dailymotion.com/video/xays25_nicolas-dupontaignan-sur-europe1_news
Agir pour l’avenir
30/10/2009 11:21 par dlr14ème_62
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Agir pour l’avenir
30/10/2009 11:21 par dlr14ème_62
Avant-hier je me suis rendu à la Maison de l’Amérique latine où Dominique de Villepin organisait une réunion de lancement de son club, qui entend proposer aux Français une alternative d’inspiration gaulliste à la politique de Nicolas Sarkozy.
Ainsi, deux ans et demi après Debout la République qui avait ouvert la voie en coupant les ponts avec l’UMP, l’ancien Premier ministre franchissait à son tour le Rubicon.
Entendre dire ce que nous avons, les premiers, eu le courage de dire avec Debout la République, ne pouvait que réchauffer le cœur. L’émancipation à l’égard d’un clan tout en paillettes et en show-biz, qui pratique le grand écart permanent entre les discours et les actes, constitue en effet une étape décisive pour quiconque veut sérieusement proposer autre chose que le triste spectacle que le locataire de l’Elysée donne actuellement aux Français.
Pour cette seule raison il m’a paru utile de répondre favorablement à l’invitation à me rendre à la Maison de l’Amérique latine.
Une rupture gaulliste avec le pouvoir actuel nous réunit, mais ce n’est bien entendu pas suffisant : une fois le constat fait qu’il faut aller à la racine des problèmes qui minent notre pays, tout l’enjeu est bien sûr de préciser et de se reconnaître dans une vision, de construire un projet d’ensemble.
Il peut être fructueux d’y travailler à plusieurs, dans la limite de la fidélité à son intime conviction. A cet égard, il ne faut pas nier les divergences sur l’Europe qui nous séparent, à Debout la République, de Dominique de Villepin et de ses amis. L’avenir dira si elles peuvent, ou non, être dépassées. Mais pour le savoir, il faut avoir le courage de réfléchir et d’échanger ensemble, bref de débattre. Car les Français, lassés pour ne pas dire écœurés par « l’aventure Sarkozy », ne comprendraient pas que des gaullistes comme nous ne préparent pas un grand projet pour la France.
Mais soyons clairs, pour être efficace demain, ce projet doit rompre avec une construction européenne qui asphyxie notre pays. C’est pourquoi nous avons bâti Debout la République comme parti indépendant. Ma présence mardi soir ne change rien à ma volonté de développer DLR qui doit être présent aux échéances électorales, car on ne construit jamais l’avenir en déviant de son idéal et de ses convictions. C’est parce que nous sommes libres et intransigeants sur l’essentiel que nous serons en mesure, le cas échéant, de prendre notre part, toute notre part, au débat pour la reconstruction d’une France libre. A nous de peser de tout notre poids.
NDA
Jusqu’à quand ?
29/10/2009 13:43 par dlr14ème_62
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Jusqu’à quand ?
29/10/2009 13:43 par dlr14ème_62
Jusqu’à quand ?
Pour en finir avec les crises
Auteur : Frédéric Lordon
Éditeur : Raison d'agir
Edité en octobre 2008
Présentation :
On n’aurait pas dû avoir à attendre un événement extrême comme la crise des subprimes pour prendre conscience de l’effrayante nocivité de la finance déréglementée. Mais la libéralisme est ainsi fait qu’il tolère aisément les crises qui n’affectent que les dominés et ne s’émeut que de celles qui frappent ses élites. Or nous y sommes. La finance étasusienne est en ruine et celle de l’Europe ne vaut guère mieux. Au moins cette crise met-elle à nu les mécanismes du désastre tels qu’ils sont inscrits dans les structures même des marchés, et force jusqu’aux plus bornés des idéologues à la seule conclusion restante : sauf à risquer de nouveau que les mêmes causes entraînent les mêmes effets, il est temps de tout changer.
Frédéric Lordon, économiste, directeur de recherches au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne fondée par Pierre Bourdieu, analyse la crise financière, il nous explique les mécanismes techniques, et nous fait prendre conscience de l'effroyable nocivité de la finance dérèglementée.
Il en appelle à une réaction politique de première grandeur, au changement radical des acteurs financiers car les conséquences systémiques de l'effondrement de la bulle se reproduiront fatalement. Frédéric Lordon conclut donc son analyse par 4 principes et 9 propositions (...)
Les banquiers, premiers responsables de la crise ? Mais non, ce sont les politiques !
29/10/2009 13:23 par dlr14ème_62
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Les banquiers, premiers responsables de la crise ? Mais non, ce sont les politiques !
29/10/2009 13:23 par dlr14ème_62
Frédéric Lordon décrypte la crise
Dans « Jusqu’à quand », publié en septembre 2008, Frédéric Lordon livrait une analyse passionnante des mécanismes de la crise. Dans « La crise de trop », il affine son analyse et développe ses propositions.
Les causes de la crise
Pour l’auteur, il y a deux raisons principales à la crise économique que nous traversons, deux contraintes à laquelle nos économies se sont soumises, « celle de la finance, qui exige la rentabilité actionnariale, et celle de la concurrence qui veut la compétitivité-prix, qui ont écrasé les salaires et fait exploser les inégalités ». Une analyse proche de celle de Robert Reich dans « Supercapitalisme ».
Il souligne que « l’origine réelle (de la crise), c’est l’insuffisance des salaires » et demande si « les ménages se seraient endettés pour le plaisir ? Ou plutôt parce que l’évolution de leur revenu ne leur laissait pas d’autre choix ? » Il parle à raison d’un « capitalisme à basse pression salariale » et montre que cette basse pression épargne le 1% de la population qui a vu ses revenus fortement progresser (+19% de 1998 à 2006 selon Camille Landais et même +32% pour 0,1% de la population, contre 4% pour 90% de la population).
Frédéric Lordon souligne aussi la responsabilité de l’administration Clinton, qui a abrogé le Glass Steagall Act, qui limitait la concentration bancaire. Il souligne le comportement indécent des banques, en citant l’exemple de Merrill Lynch, dont le président n’a pas hésité à distribuer plus de 4 milliards de dollars de bonus avant sa reprise par Bank of America, alors que l’Etat fournissait 20 milliards d’aides publiques. Il rappelle que même The Economist avait alors parlé de « racket » et « pillage »…
La responsabilité des politiques
Surprise, Frédéric Lordon exonère les banquiers de toute responsabilité. Pour lui, ils profitent du système que les politiques ont bien voulu construire. Il souligne que « la crise n’est pas simplement financière » et vient des structures économiques que les gouvernements ont construites depuis des années. Pour lui, « lorsque les structures sont installées, il ne faut pas s’étonner que les agents qui y sont plongés se comportent comme ces structures les déterminent ou les autorisent à se comporter ».
Il souligne que « les Etats ont été les instituteurs des marchés, et que la mondialisation, qui a si dramatiquement restreint la marge de manœuvre des politiques publiques, a été le fait d’autres politiques publiques ». Suit une critique radicale et virulente de ce qu’il appelle « le socialisme de gouvernement », qui est un responsable majeur de la déréglementation. Il dénonce de manière croustillante les éditorialistes schizophrènes du Monde et de Libération ainsi que les dirigeants socialistes.
La chronologie est édifiante. En 1986, Pierre Bérégovoy présente la loi de déréglementation des marchés financiers. En 1988, la directive Delors-Lamy vise à réaliser la pleine mobilité des capitaux, faisant « du marché financier européen un terrain vague de la finance, ouvert à tous les vents ». Il cite la baisse de la fiscalité sur les revenus du capital (Bérégovoy, 1990), le régime fiscal favorable des stock-options (Strauss-Kahn, 1998) ou l’épargne salariale (Fabius, 2001)…
Il attaque également le rapport Attali, promoteur « d’une concurrence efficace et un système financier capable d’attirer du capital ». Il proposait « d’harmoniser les réglementations financières et boursières avec celles applicable au Royaume-Uni pour ne pas handicaper les acteurs français » et de « modifier la composition des commissions et des collèges de régulateurs pour que les champions de la finance puissent s’exprimer et influencer la position du Haut Comité de place ».
La mondialisation en cause
« En appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre : pas de gouvernement du tout » : Frédéric Lordon décrit bien l’impasse des solutions globales, qui n’ont jamais fait autre chose que pousser l’agenda néolibéral. Il souligne sa proximité avec Joseph Stiglitz en affirmant que « la mondialisation a précisément eu pour effet de redéployer les marchés à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dans un environnement de faible densité institutionnelle ».
Pour lui, les marchés financiers sont l’exemple le plus pur du marché libéralisé, avec toutes les conséquences que cela a pu avoir. Selon lui, il manque « une authentique communauté politique constituée » qui pourrait réguler le marché. Les Etats-nations sont donc une solution mais il croit également à une solution européenne, même s’il reconnaît que l’Europe actuelle fait plus partie du problème que de la solution. Il voit cependant dans les violations récentes et répétées des traités un motif d’espoir.
Il attaque les commissaires qui lui font « penser à des témoins de Jéhovah, qui préfèrent laisser mourir plutôt que d’offenser leurs interdits de la transfusion ». Il qualifie
la Commission de « nuisible » soulignant qu’elle veut « couper une jambe aux banques au moment où l’on voudrait qu’elles marchent à nouveau ». Mordant, il parle de son « délire » qui reviendrait à « arrêter une ambulance parce qu’elle vient de passer à l’orange en se rendant sur une scène de carambolage ». Pour lui, «
la Commission a perdu tout sens commun ».
L’analyse de Frédéric Lordon a le don d’être intellectuellement passionnante mais elle est également distrayante à lire, comme le montre les dernières citations qui donnent un piment bien agréable à la lecture.
Source : « La crise de trop », Frédéric Lordon, Fayard
Le protectionnisme n’est pas un nationalisme aggressif
28/10/2009 16:02 par dlr14ème_62
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Le protectionnisme n’est pas un nationalisme aggressif
28/10/2009 16:02 par dlr14ème_62
Le protectionnisme, un libéralisme internationaliste
Naissance et diffusion, 1789-1914
Le protectionnisme ne date pas des années 1930, mais a été inventé dès le XIXe siècle par des théoriciens allemands, français et américains méfiants vis-à-vis de la puissance commerciale britannique. Pour l’historien David Todd, cette généalogie – souvent méconnue – atténue les soupçons de nationalisme qui pèsent sur l’idée protectionniste.
Depuis l’accélération de la crise économique et financière en septembre dernier, une peur hante les classes politiques et médiatiques occidentales : le retour du « protectionnisme ». De sommet du G7 en sommet du G20, elles répètent que c’est la hausse des barrières douanières qui a transformé le krach de 1929 en dépression et que, pour répondre efficacement à la crise, il faut avant tout résister au « démon nationaliste » du protectionnisme, qui conduit inéluctablement à l’effondrement du commerce international et, in fine, à la guerre. Le raisonnement analogique a été une source d’inspiration formidable dans l’histoire des sciences, y compris pour la science humaine qu’est l’économie : Isaac Newton et Albert Einstein, mais aussi Adam Smith et John Maynard Keynes, y ont eu recours. Employée par des mains moins habiles, l’analogie – en particulier l’analogie historique à partir d’un seul exemple – n’est le plus souvent qu’un raccourci facile inspiré par la paresse ou la malhonnêteté intellectuelle.
Le haro actuel contre la tentation protectionniste à partir de l’exemple de 1929 en est un exemple frappant. Le recours au protectionnisme dans les années 1930 – promu, entre autres, par Keynes lui-même n’a pas été la cause principale d’une dépression provoquée par la spéculation financière et rendue dramatique par les politiques déflationnistes de Heinrich Brüning en Allemagne et de Pierre Laval en France. Au pire, dans les pays d’échelle moyenne comme l’Allemagne et
la France , le protectionnisme a été une réponse inadéquate à la crise. Au mieux, comme dans le cas du Royaume-Uni et de son empire – avec les accords d’Ottawa instituant un système de « préférence impériale » entre les îles britanniques et leurs possessions outre-mer en 1932 –, il a même pu contribuer à un relèvement économique partiel en apportant un soutien à la demande de produits nationaux. Dans tous les cas, les dirigeants de l’époque, en se tournant vers le protectionnisme, commettaient la même erreur que les dirigeants actuels qui cherchent à retirer des leçons de la dépression économique précédente : c’était au protectionnisme que l’on attribuait la sortie de la grande dépression des années 1870-1880. La lutte actuelle contre le protectionnisme fait figure de ligne Maginot intellectuelle, qui interdit la tenue de débats plus substantiels sur la réorganisation du capitalisme mondial.
Pour être utile, le recours aux analogies historiques doit reposer sur plusieurs exemples et, autant que possible, la longue durée. Le protectionnisme ne date pas des années 1930. Il est le produit d’un débat intellectuel et idéologique d’une intensité exceptionnelle, qui s’est déroulé au lendemain de
la Révolution française et des guerres napoléoniennes, dans la périphérie immédiate du cœur industriel de l’époque,
la Grande-Bretagne , c’est-à-dire en France, en Allemagne et aux États-Unis. Loin d’être lié aux idéologies totalitaires du XXe siècle ou même d’être « antilibéral », ce protectionnisme était ancré dans le libéralisme issu des Lumières et de
la Révolution. Mais ses partisans le définirent comme un libéralisme réaliste, patriotique et anticosmopolite, ou encore comme l’expression d’une solidarité nationale entre classes sociales face aux contraintes du marché mondial. Paradoxalement, ce patriotisme ou nationalisme économique fut lui-même le fruit d’un débat transnational franco-germano-américain, avant que les idées protectionnistes ne s’exportent depuis le monde occidental jusqu’en Amérique Latine et en Asie orientale. Discrédité en tant que politique économique parmi les classes dirigeantes, le protectionnisme en tant qu’idéologie n’en conserve pas moins un puissant attrait parmi les électorats, notamment dans les pays où sa domination fut étroitement liée à une phase de démocratisation en profondeur de la société politique, comme les États-Unis ou
la France.
L’invention du protectionnisme
La restriction douanière comme moyen de décourager les importations et d’encourager la fabrication de certains produits était un outil banal des systèmes dits « mercantilistes » des XVIIe et XVIIIe siècles. Aux côtés des compagnies commerciales dotées de monopole pour les échanges avec certaines parties du monde, de l’exploitation intensive de colonies esclavagistes pour se procurer des denrées tropicales ou encore de la réglementation de la production manufacturée dans le cadre de corporations, il ne s’agissait que d’un volet d’une vaste politique visant à maximiser le solde de la « balance du commerce », c’est-à-dire l’excédent des exportations sur les importations. C’est contre l’ensemble de cette politique volontariste et de privilèges accordés à certains groupes de producteurs ou de marchands que plusieurs philosophes des Lumières françaises – le physiocrate François Quesnay, Turgot, Jean-Baptiste Say – et britanniques – Adam Smith, Jeremy Bentham et David Ricardo – élaborèrent une doctrine libérale et égalitaire de non-intervention des pouvoirs publics dans la vie économique.
Des deux côtés de
la Manche ,
la Révolution française et
la Révolution industrielle balayèrent l’essentiel de la panoplie mercantiliste entre 1780 et 1830. En Grande-Bretagne, sous l’impulsion d’un puissant mouvement d’opinion orchestré par l’Anti-Corn Law League, un lobby manufacturier fondé à Manchester en 1838, le libéralisme économique prit une forme extrême avec l’abolition intégrale des barrières douanières à l’importation – ce qu’on commence à désigner par l’expression de « free trade » à partir des années 1820 outre-Manche et de « libre-échange » en France à partir des années 1840. En France, l’adoption d’un régime économique libéral fut à plusieurs égards plus précoce qu’en Grande-Bretagne, mais il achoppa sur la question douanière. Sous la monarchie de Juillet (1830-1848), plusieurs hommes politiques et intellectuels de tendance orléaniste – le jeune Adolphe Thiers, l’ingénieur Charles Dupin, l’agronome Mathieu de Dombasle – se prononcèrent pour un libéralisme économique limité au marché intérieur, au nom de la solidarité nationale et pour défendre les producteurs nationaux incapables de lutter contre la concurrence de la grande industrie britannique ou de la main-d’œuvre servile agricole de l’Empire russe. Au milieu des années 1840, un nouveau mot est créé pour désigner cette opposition au libéralisme douanier, qui remporte le soutien d’une grande majorité de l’opinion : « protectionnisme » – « protectionism » et « Protektionismus » (ou « Schutzoll ») sont apparus en anglais et en allemand à la même époque.
Le protectionnisme moderne n’était donc pas le mercantilisme ressuscité. Ses principaux porte-parole condamnaient la doctrine de la balance du commerce et l’idée typiquement mercantiliste d’une quantité fixe de richesses disponibles. Ils préconisaient un développement reposant sur le marché intérieur plutôt que sur les exportations. Ils étaient libéraux en politique, hostiles aux institutions d’Ancien Régime, et libéraux en économie, sauf sur la question douanière. Adolphe Thiers a prouvé son libéralisme politique en contribuant au renversement de Charles X en 1830, en s’opposant à l’autoritarisme de Napoléon III sous le Second Empire, et en œuvrant à l’établissement d’une république modérée au début des années 1870. Il prouva également son attachement viscéral à la propriété privée et aux autres institutions du capitalisme libéral en prenant la tête de la lutte contre les tendances socialistes de
la Révolution de 1848 et de
la Commune de 1871. Contrairement à ce qu’affirmait Frédéric Bastiat, le chef de file du libre-échangisme français, le protectionnisme n’était pas non plus la matrice du « communisme ». Le protectionnisme était plutôt, par opposition au libéralisme cosmopolite des libre-échangistes, un libéralisme internationaliste, au sens propre de ce dernier terme. Les protectionnistes cherchaient à réconcilier les préceptes de l’économie libérale avec le concept de souveraineté nationale et l’existence de plusieurs nations en Europe et dans le monde : libéralisme internationaliste ou nationalisme de marché, selon la perspective adoptée.
Le nationalisme du protectionnisme a souvent donné lieu à des débordements xénophobes, en particulier anglophobes au XIXe siècle. Le principal lobby protectionniste, l’Association pour la défense du travail national, fit placarder sur les murs de Lille et Mulhouse, en 1846, une affiche contre le libre-échange intitulée « De l’entrée des marchandises anglaises en France » : « N’est-il pas vrai que c’est en travaillant qu’on gagne de quoi vivre, et que faire travailler l’Anglais pour habiller le Français, c’est donner le pain du Français à l’Anglais ? », interrogeait le texte, avant d’accuser les libre-échangistes d’appeler « l’Anglais à régner en France » et de recommander l’union des classes, car « quand il s’agit des Anglais, chefs et ouvriers en France n’ont qu’un même intérêt, une même pensée, un même cœur ». La propagande anglophobe de l’Association pour la défense du travail national, dominée par le grand patronat industriel, avait aussi pour but de détourner la colère ouvrière, au moment des premiers débats sur l’émergence d’un prolétariat urbain, contre « l’étranger ».
Cet objectif fut partiellement atteint. Par universalisme et par attachement au thème de l’amitié entre les peuples, la gauche démocratique et socialiste de la monarchie de Juillet avait d’abord pris position en faveur de la liberté du commerce international. Confrontés au danger concret de concurrence avec la grande industrie britannique en 1846-1848, les fouriéristes, babouvistes, proudhoniens et socialistes chrétiens de Philippe Buchez apportèrent un soutien paradoxal au patronat dans la lutte contre le libre-échange. Selon
La Fraternité , « le libre-échange » serait « le règne sans opposition du capital » et « le droit, pour le capitaliste, au nom de la liberté, de tenir à la merci le peuple des travailleurs ». D’après L’Atelier, « les libre-échangistes de l’autre côté de
la Manche [étaient] les amis du peuple, à peu près comme le loup est l’ami du mouton ». Après la proclamation de
la République en février 1848, plusieurs émeutes ouvrières exigèrent et obtinrent l’expulsion d’ouvriers étrangers, en particulier britanniques, qui travaillaient dans le textile ou la construction de chemins de fer, dans le Nord, en Normandie et dans l’ouest du pays.
Comment expliquer cet embrasement protectionniste et nationaliste de la gauche démocratique ? Il faut se souvenir que, depuis
la Révolution française jusqu’aux années 1880, l’attachement à la nation et l’anglophobie étaient d’abord des thèmes de gauche. De plus, les hommes de centre-droit qui « inventèrent » le discours protectionniste prirent soin de lui donner une tonalité égalitaire et démocratique propre à séduire la gauche. Dès 1836, Dupin affirmait : « Notre législation protectrice a pour but de réserver pour le peuple français la plus grande masse de travail que des Français puissent faire. Grâce à la protection douanière, il n’y a plus de prolétaires, mais seulement des ouvriers français sous l’égalité glorieuse du drapeau tricolore ». Sans pousser aussi loin le populisme, Thiers associait systématiquement le système protecteur à l’héritage de 1789 et, en particulier, à la défense des petits producteurs agricoles et industriels, contre la concurrence de la grande propriété foncière et mobilière britannique. Il ne se privait pas de citer, en exemple, la jeune République américaine, pays pratiquant une politique très protectionniste et pourtant « le plus libéral et le plus démocratique » au monde.
Le modèle américain n’a jamais servi de référence aux adversaires du libéralisme économique, pas plus au XIXe siècle que de nos jours. Mais le libéralisme américain passait alors, à juste titre, pour plus égalitaire que le libéralisme aristocratique prévalant en Grande-Bretagne. Cette combinaison de nationalisme égalitaire et de libéralisme économique n’était pas propre au protectionnisme français : comme le libre-échange, les idées protectionnistes traversèrent les frontières, confirmant le caractère internationaliste quoiqu’anticosmopolite de cette idéologie politico-économique.
La diffusion transnationale d’un nationalisme économique
Le caractère transnational du libre-échange est évident et bien connu. Le plus souvent à partir de
la Grande-Bretagne , à travers les écrits d’économistes et de publicistes utilitaristes (David Ricardo, John Stuart Mill, John Bowring), parfois à partir de
la France , à travers les brochures de Frédéric Bastiat, les concepts de division internationale du travail et d’avantages comparatifs nourrirent la mise en place de groupes de pression libre-échangistes, au moins dans le monde occidental. Quand le travail de persuasion intellectuelle ne suffisait pas, les pays occidentaux n’hésitaient pas à recourir à la canonnière pour imposer l’ouverture au commerce international des marchés du Moyen-Orient et de l’Asie orientale : le blocus d’Alexandrie par
la Royal Navy en 1840-1841, les guerres de l’Opium livrées par
la Grande-Bretagne à
la Chine en 1839-1842 et – avec le soutien de
la France – en 1856-1860, ou l’expédition du commodore américain Matthew Perry au Japon en 1853.
Mais le protectionnisme connut lui aussi une carrière internationale, depuis les influences réciproques entre économistes protectionnistes occidentaux dans la première moitié du XIXe siècle jusqu’à leur réception dans le reste du monde, en particulier en Asie, à partir des années 1880. Alors que les concepts libre-échangistes circulaient de manière « verticale », depuis les puissances dominantes (Grande-Bretagne, France dans une moindre mesure) vers les pays ou régions en développement, les idées protectionnistes s’échangèrent « horizontalement », le long d’un axe comprenant les principaux pays tâchant de combler leur retard industriel sur
la Grande-Bretagne : États-Unis, France, Allemagne. Placés dans des positions géopolitiques et économiques similaires, ces trois pays furent les berceaux simultanés du protectionnisme.
L’exemple de Friedrich List
Friedrich List, entrepreneur et intellectuel né en 1789 à Reutlingen dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, offre un exemple frappant de ce transnationalisme du protectionnisme. Ce farouche partisan de l’unité allemande, père spirituel du Zollverein – union douanière des États allemands réalisée sous l’égide de
la Prusse en 1834 –, est parfois présenté comme un précurseur du nationalisme germanique réactionnaire et expansionniste des années 1890-1945. C’était pourtant un progressiste convaincu, forcé de s’exiler de l’Allemagne de Metternich en 1821, expulsé par
la France des Bourbons en 1822, et réfugié aux États-Unis de 1825 à 1831 : lié au général Lafayette en France, il fut aussi proche d’Andrew Jackson, un Démocrate populiste élu à la présidence américaine en 1828. List fit également preuve d’un enthousiasme précoce pour la toute récente invention du chemin de fer : il milita pour la constitution de vastes réseaux ferrés dès la fin des années 1820 et supervisa la construction de la première grande ligne allemande, entre Dresde et Leipzig, terminée en 1837.
L’Allemand cosmopolite jeta les jalons de sa doctrine protectionniste pendant ses séjours en France (dans les années 1820 et 1830) et aux États-Unis (1825-1831). Dès 1825, admirant les résultats de la protection douanière dans la vallée de
la Seine , il écrivit dans son journal personnel : « Quand donc la vue de régions industrielles aussi riches remettra-t-elle sur le droit chemin les émules d’Adam Smith ? » En 1827, à l’instigation d’un groupe de pression protectionniste,
la Pennsylvania Society for the Promotion of Manufactures, il rédigea en anglais une série de lettres qui battaient en brèche les arguments des défenseurs de la liberté commerciale aux États-Unis. Publié dans la presse de Philadelphie puis sous forme de brochure, avec pour titre Outlines of American Political Economy, ce texte rejetait les conclusions de Smith et de ses successeurs sur la liberté du commerce, en proposant de refonder l’économie politique sur la base d’un nouveau concept, celui de « puissance productive » – plutôt que la « richesse » – des nations. Cette esquisse d’une théorie protectionniste s’inspirait des premiers partisans d’un « système américain » de tarifs élevés contre les importations de produits manufacturés britanniques. List citait aussi abondamment Jean-Antoine Chaptal, chimiste et ministre de Napoléon, dont l’ouvrage De l’industrie française (1819) appelait
la France à conserver la protection douanière pour ne pas compromettre les progrès industriels réalisés sous
la Révolution et l’Empire.
Lors d’un séjour à Paris en 1837, List décida de participer à un concours de l’Académie des sciences morales et politiques sur le thème de « la liberté du commerce ». L’entrepreneur de chemins de fer se refit théoricien et, avec l’aide de sa fille francophone, rédigea en français un mémoire de 165 pages. Ce texte, retrouvé par des universitaires allemands dans les années 1920 et publié sous le titre de Système naturel d’économie politique – une formule employée par l’auteur dans le manuscrit – était la première tentative de List d’élaborer une théorie systématique de la protection douanière comme moyen de développement économique. List y présentait sous leur forme quasi définitive ses deux principaux arguments contre les prescriptions libérales de l’économie politique classique en matière de commerce international : la « théorie des forces productives » comme moyen de mesurer le progrès économique, par opposition à la « théorie des valeurs » privilégiée par les disciples de Smith ; et le primat de l’histoire des nations sur le raisonnement abstrait et cosmopolite. En particulier, List proposait une théorie du développement de l’économie nationale en trois stades, auxquels correspondent trois politiques commerciales différentes : une politique initialement libérale pour donner le goût des produits manufacturés ; une phase de protection temporaire pour les industries modernes, comme le coton et le fer ; et un retour au libre-échange une fois
la Grande-Bretagne rattrapée.
L’Académie accorda la mention d’ « ouvrage remarquable » à trois mémoires, dont celui de List, mais n’en jugea aucun digne du premier prix. List attribua cet échec relatif à la supériorité numérique des libre-échangistes parmi les membres de la section d’économie politique de l’Académie. Loin de se décourager, il entreprit de développer ses idées de manière plus rigoureuse dans un véritable traité, qu’il souhaitait publier simultanément en français et en allemand. Pendant trois ans, il continua de vivre à Paris, comme correspondant du journal libéral allemand
La Gazette d’Augsbourg, et travaillant à son ouvrage bilingue, dont il ne termina pas la version française. Mais la version allemande parut à Stuttgart en 1841, sous le titre Das nationale System der politischen Oekonomie (« Le système national d’économie politique »). Elle valut à List un succès immédiat auprès du public allemand. Grâce au soutien financier de lobbys industriels d’Allemagne méridionale, il put aussi fonder un nouveau journal économique, Das Zollvereinsblatt, qui réclama avec vigueur la hausse des barrières douanières du Zollverein ou union douanière des États allemand fondée sous l’égide de
la Prusse en 1834. List mit fin à ses propres jours, probablement en raison de ses difficultés financières, en 1846.
Sa conception historicisante du développement économique et l’accent qu’il mit sur les bienfaits d’une protection douanière temporaire et modérée bénéficièrent néanmoins d’un rayonnement inégalé. Le Système national fut traduit en de multiples langues. Un ouvrage publié à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la mort de List a pu retracer l’influence de ses écrits sur les débats de politique économique au XIXe et au XXe siècle dans plus d’une vingtaine de pays européens, depuis l’Irlande jusqu’à
la Turquie. Sa pensée a joué un rôle déterminant dans l’adoption de politiques protectionnistes industrialisantes par
la Russie des années 1890 et le Japon de l’ère Meiji. Elle a acquis un caractère sulfureux en Europe, parce qu’elle fut récupérée par les pangermanistes de l’école historique d’économie à la fin du XIXe et les nazis dans l’entre-deux-guerres. Il est vrai que List lui-même réclamait l’annexion du Danemark et des Pays-Bas par l’Allemagne. Mais c’est parce que, comme la plupart des patriotes de son temps, il pensait que seules les grandes nations, à même d’assurer leur indépendance économique, étaient adaptées au monde moderne. Son nationalisme allemand ne l’empêcha pas d’être en même temps un patriote américain et un partisan de l’expansion française : son fils mourut officier de la cavalerie française, pendant la conquête de l’Algérie. Ce pluri-nationalisme facilita la dissémination globale des idées de List et leur adaptation à différents contextes culturels.
L’exemple de Henry Carey
L’éditeur et intellectuel Henry Carey offre un autre exemple du caractère à la fois transnational et progressiste du protectionnisme au XIXe siècle. Son père, Matthew Carey, fondateur de la première grande maison d’édition américaine au début du siècle, avait déjà pris position en faveur de tarifs élevés contre les importations britanniques et s’était occupé de la publication aux États-Unis d’écrits protectionnistes de Chaptal et des Outlines de List. Partisan d’un libéralisme économique intégral, Henry Carey prit d’abord parti pour le libre-échange dans ses Principles of Political Economy (1837-1840). Mais comme son père, émigré irlandais, Henry était un anglophobe radical, presque paranoïaque, qui interprétait toutes les initiatives de Londres comme faisant partie d’un plan d’asservissement du monde à la puissance britannique. L’adoption du libre-échange par
la Grande-Bretagne en 1846, combinée à la crise commerciale qui frappa les États-Unis au milieu des années 1840 après l’adoption d’une législation douanière plus libérale, provoqua son revirement. Cette conversion, d’après l’intéressé, eut lieu soudainement un matin de 1847 : « Je sautai de mon lit, m’habillai, et fus un protectionniste à partir de cet instant. » Carey s’imposa comme le grand pourfendeur du libre-échange aux États-Unis. Dans plusieurs dizaines de brochures et dans la presse, il attribua tous les maux de son pays et du reste du monde non-britannique, depuis la misère du prolétariat rural de l’Inde jusqu’au maintien de l’esclavage dans les États du Sud, à la libéralisation du commerce international encouragée par Londres.
Ce protectionnisme virulent, qui offrait systématiquement le modèle économique français comme alternative au libre-échange britannique, eut une influence profonde sur la culture politique et économique américaine. Carey fut l’un des fondateurs du nouveau Parti républicain anti-esclavagiste dans les années 1850 et le conseiller économique d’Abraham Lincoln pendant la guerre de Sécession (1861-1865). C’est sur ses instances et par opposition au libre-échangisme des États sécessionnistes du Sud que Lincoln adopta une politique ultra-protectionniste. Des tarifs protecteurs très élevés, oscillant entre 50 et 100 % de la valeur des produits importés, continuèrent de caractériser la politique américaine jusqu’à la fin des années 1950. Partiellement inspirée des exemples français et, dans une moindre mesure, allemand, la pensée économique de Carey – mélange étonnant d’organicisme inspiré par les progrès de la chimie contemporaine avec une foi intransigeante dans les vertus du capitalisme individualiste et une anglophobie radicale – eut en retour un impact significatif sur l’ancien monde. Ses ouvrages furent traduits de son vivant en français, allemand, russe, italien et japonais. Comme celles de List, ses idées furent détournées en Allemagne par des historiens et des philosophes affiliés à la droite nationaliste. Son principal disciple autoproclamé, Eugen Dühring (celui de l’Anti-Dühring d’Engels), fut aussi l’un des principaux inventeurs de l’antisémitisme moderne.
Conclusion
Le protectionnisme, à partir de la fin du XIXe siècle et surtout en Allemagne, a donc bien pu nourrir le nationalisme xénophobe qui a ravagé l’Europe entre 1914 et 1945. Mais les exemples de Thiers, List et Carey montrent que le protectionnisme a d’abord été le fruit d’échanges intellectuels entre nations « dominées » contre la puissance dominante de l’Empire britannique, plutôt que l’expression d’une soif de domination nationaliste. Ils suggèrent aussi qu’il a souvent été la facette économique d’un libéralisme égalitaire, de gauche ou de centre-gauche, qui plaçait le citoyen au-dessus du consommateur. Contrairement à ce que croient beaucoup de leurs partisans respectifs, de nos jours comme au XIXe siècle, la lutte entre le libre-échange et le protectionnisme n’est pas un conflit entre le bien et le mal. Les tarifs protecteurs ne conduisent pas plus mécaniquement à la guerre que le libre-échange ne garantit la paix, comme en témoigne le traité de commerce conclu entre
la France et
la Prusse en 1862, qui n’a pas empêché le déclenchement de la guerre de 1870. Les tarifs ne sont ni plus ni moins que des impôts sur les produits importés, avec – comme tout impôt – des effets adverses et positifs sur la création de richesses. Leur signification politique et leurs conséquences économiques ont, elles, considérablement varié au cours de l’histoire.
Par David Todd, dans Idée.fr
Agriculture : des prix plutôt que des subventions !
27/10/2009 17:36 par dlr14ème_62
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Agriculture : des prix plutôt que des subventions !
27/10/2009 17:36 par dlr14ème_62
COMMUNIQUE DE PRESSE
Agriculture : Nicolas SARKOZY écope un bateau qui coule
L’ampleur du plan en faveur de l’agriculture, annoncé aujourd’hui par le président de la République, doit être saluée.
Mais, hélas, il n’en s’agit pas moins d’une réponse tardive, insuffisante et incertaine.
Tardive, car le chef de l’Etat se scandalise d’une situation - un peu comme s’il la découvrait - qu’il a lui-même laissé se développer depuis plus d’un an.
Insuffisante, car si les déséquilibres de répartition de la valeur ajoutée entre producteurs et distributeurs sont dénoncés, rien de concret n’est proposé pour y mettre un terme.
Incertaine, car une fois de plus le président de la République s’en remet à l’Europe pour réguler dans la durée les marchés agricoles, ce qu’elle se refuse obstinément à faire, à l’unisson avec l’OMC toujours autant animée d’une vision ultralibérale, suicidaire, de l’agriculture.
Au-delà des grands mots qui ressemblent une fois de plus à de vaines promesses électorales, on a bel et bien le sentiment que le chef de l’Etat a décidé d’accompagner la crise de l’agriculture française au lieu de lui apporter une réponse durable. Alors que le bateau coule, il se contente d’écoper.
Pour sa part, Debout la République réclame à nouveau le rétablissement de prix minimum garantis, assortis de quotas, dans le cadre d’une PAC rénovée et non pas démantelée, car une nouvelle fois les agriculteurs ont avant tout besoin d’une vraie régulation durable des marchés plutôt que de plans d’urgence qui s’empilent les uns sur les autres.
Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du rassemblement gaulliste Debout la République
Des contre-pouvoirs dans le collimateur
26/10/2009 21:31 par dlr14ème_62
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Des contre-pouvoirs dans le collimateur
26/10/2009 21:31 par dlr14ème_62
On voit fleurir de manière particulièrement inquiétante les attaques portées aux contre-pouvoirs, qui semblent décidément beaucoup gêner les intérêts établis.
C’est tout d’abord le cas de l’internet que, à défaut de pouvoir dompter à leur profit, certaines élites cherchent à discréditer. Intellectuels, mandarins des médias et politiciens du pouvoir se relaient ainsi depuis quelques semaines pour vilipender ce que Jacques Séguéla en personne a qualifié de « plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ». Visiblement, le net dérange puisqu’il empêche que soient occultés certains faits sur lesquels les élites pouvaient jusqu’à présent s’exonérer de rendre des comptes grâce à un silence médiatique des plus sélectifs. Mais patatras ! Avec le net, plus possible pour les puissants de se cacher, plus possible d’étouffer l’indignation générale soulevée, qui par une affaire de désignation à la tête de l’EPAD, qui de tel ou tel propos du ministre de l’Intérieur aux universités d’été de l’UMP… Puisque le net dérange, on l’accuse de tout. Combat réactionnaire, combat rétrograde me direz-vous, et vous aurez raison. Mais le plus grave est que ces accusations qui sont portées contre ce formidable média renouvelant le concept de 4ème pouvoir, ressemblent fort à une mise à l’index précédant une mise au pas. Il faut donc rester vigilant face à la tentation de certains, par exemple à l’UMP qui s’est jumelée il y a quelques jours avec le parti communiste chinois, d’instaurer en France un internet à la chinoise…
Deuxième exemple, l’instauration du scrutin à un tour pour l’élection des futurs conseillers territoriaux devant remplacer les conseillers généraux et régionaux. Ce changement du mode de scrutin vise en réalité à imposer l’émergence d’une vie politique bipartisane où l’UMP, structurellement privée de réserves de voix de second tour, pourrait conserver son emprise sur la démocratie en… supprimant le second tour ! Non seulement cette manipulation électorale indigne de la République lui permettrait d’exercer une mainmise sur les collectivités locales qui aujourd’hui lui échappent, mais surtout elle ne serait que l’avant-goût de son extension aux élections législatives, dont seraient alors définitivement évincés les candidats indépendants, et où le choix se limiterait strictement à l’UMP et à son alter-ego à sa gauche, le PS ! Encore une fois, on cherche ainsi à bâillonner toute dissidence aux gros intérêts établis, au risque de tuer la démocratie ! C’est bien pourquoi il est essentiel de remettre sur les rails la réforme des collectivités territoriales et c’est bel et bien dans ce but qu’a été créée l’ANCELI, dont j’invite chacun à consulter le document grand public lancé la semaine dernière : http://www.anceli.fr/la-reforme-decryptee.html
Enfin, dernier exemple, l’attitude particulièrement inquiétante du gouvernement envers les associations de consommateurs et leurs propositions de bon sens, très soutenues par les Français mais bizarrement laissées au fond du tiroir par Christine Lagarde. Pour quelle raison impérieuse souhaite-t-on brusquement à Bercy imposer une amélioration de la représentativité de ces associations, au travers d’une réforme qui ressemble fort à une mise au pas et est d’ailleurs dénoncée comme telle par ces dernières ? Pourquoi ne pas suivre leurs recommandations ou préconisations sur la défense des consommateurs face au surpuissant secteur bancaire, aux opérateurs de crédit-revolving rapaces, à tous les oligopoles qui usent et abusent de leur pouvoir dans un contexte de libéralisation où, curieusement, l’Etat « libère » l’économie mais sans jamais se doter des moyens de contrôle afférents, comme s’il voulait rétablir une société de jungle dominée par quelque grands féodaux ? Pourquoi enfin refuse-t-il de créer la procédure « d’action de groupe », qu’il serait pourtant facile d’entourer de saines précautions pour éviter de tomber dans les abus que connaissent, par exemple, les Etats-Unis ? Les atermoiements de la ministre de l’Economie, systématiquement en phase avec les oukases du MEDEF, ne laissent là encore pas de doute : le gouvernement s’évertue à protéger les puissants et à désarmer un peu plus face à eux les gens ordinaires, ce qui est bien entendu tout le contraire du devoir élémentaire d’une vraie démocratie.
Les contre-pouvoirs, politiques ou économiques, sont la garantie d’une bonne respiration démocratique, surtout dans une société où prospère la mode du tout-libéral, c'est-à-dire le règne de l’argent-roi et l’abus de position dominante permanente des puissants. En leur mettant des bâtons dans les roues, les clans au pouvoir montrent une fois de plus qu’ils n’entendent pas livrer un combat loyal pour s’y maintenir. C’est bien pourquoi, en ce début du XXIème siècle, la vigilance républicaine doit être plus grande que jamais…
NDA